Haïku

 Avant de découvrir ou redécouvrir les Haïkus voici une petite consigne, ou plutôt un défi :

Tâchez de dessiner un croquis par jour en choisissant un petit fragment du réel qui vous entoure. Ceci pendant par exemple cinq jours mais si vous ne le faites qu'une fois ou une fois par-ci par-là c'est bien aussi. 

Cela peut-être tout et n'importe quoi, une chaussette qui traîne, un jouet abandonné ou cassé, un bouquet de fleur fatigué, une casserole fumante, un parapluie qui s'égoutte, toutes ces petites choses qui traduisent la vie, un moment, une anecdote. 

Observez bien votre sujet mais pardonnez-vous les imperfections, il s'agit de s'exercer et votre façon propre de dessiner porte beaucoup de qualités expressives. Le but est de faire un instantané alors donnez-vous un temps, 10 min peuvent suffire.

Pourquoi ne pas créer spécialement un petit carnet pour recueillir ces fragments? Utilisez la mine de plomb ou les crayons de couleurs, le stylo bille, les feutres, l'aquarelle... bref ce qui vous plaira sur le moment. Enfin donnez un titre voir même une légende à votre dessin qui ressemblerai à ... un Haïku.

 

Vieil étang
une rainette y plongeant,
chuchotis de l'eau

Basho

 

Dans l'eau de la cruche
Nage une grenouille verte
Les pluies de mai
 
Shiki

 

Peu à peu mes poumons
se teignent de bleu
voyage en mer

Shinohara Hôsaku
 

Après avoir contemplé la lune
mon ombre
me raccompagne.

Yamaguchi Sodô
 

Le haïku est un poème bref de trois vers, théoriquement composé de cinq, sept et cinq syllabes dans sa forme occidentale. 
D'origine japonaise on attribue sa paternité aux maître Bashô au 17ème siècle mais il prend ses racines dans la poésie chinoise du 16ème siècle.



Le Haïku est tel une photographie de l'instant présent, très concis, il peut retranscrire de manière fulgurante et précise une scène, une sensation, un sentiment.

Il inclut traditionnellement un Kogi, c'est à dire un mot de saison, en effet si l'on veut écrire un haïku, il en va de s'imprégner de ce qui nous entoure, d'être attentif à l'instant présent, c'est une vraie méditation. La saison dresse le cadre et témoigne du moment que l'on décrit.

Le haïku peut embrasser tout les thèmes, il y a le croquis d'après nature dans la grande tradition des maîtres classiques comme Bashô, ou Buson. Certains sont emprunts de mélancolie, d'autres au contraire peuvent être légers ou frivoles. Il y a les haïkus zen, réalistes, humoristiques, engagés, urbains... Tout ce qui fait le monde est valable et peut entrer dans la composition d'un haïku.
 
 
 
Une luciole
Traverse en silence le salon
Vert de lune

Sôseki 
 

Entre les feuilles du volubilis
Un reflet
Les prunelles du chat

Sôseki
 
 
Sur la pivoine blanche
Netteté
De la fourmi

Buson


Les rosées gelées
Très peu d'eau de source
Pour mouiller le pinceau

Bashô


Matin du premier jour
Dans le poêle
Quelques braises de l'an passé

Sumitak Kenshin


Tuant une mouche
J'ai blessé
Une fleur

Issa


Au bout de sa langue
Il cache des paysages
L'étranger

Horimoto Gin


Le serpent s'esquiva
Mais le regard qu'il me lanca
Resta dans l'herbe

Takahama Kyoshi



Les traductions du japonais ne se soucient pas de la règle des 5, 7, 5 syllabes, car elles s'attachent à retranscrire d'abord au plus juste le sens et l'éclat de ces petits poèmes.
Nous non plus ne nous sentons pas contraint par cette règle, bien qu'elle puisse nous pousser à plus de gymnastique poétique... Mais du moment que notre haïku soit bref et sur trois lignes cela est déjà bien.
 

 

Voici en bref quelques conseils qui peuvent aider l'écriture :

  • Contempler l'instant présent, le monde qui vous entoure.
  • Écouter vos impressions, vos sensations.
  • Parlez du détail, de l'infime, de l'éphémère; Et parlez de la saison, du temps, du cosmos... Soit l'infiniment grand et l'infiniment petit.
  • Jouer avec les répétitions
  • Jouez l'humour et la surprise.
 
Les haïkus peuvent être emprunt de mélancolie :
 

Cette limonade
Sans bulles
Voilà ma vie

Sumitak Kenshin


Pour celui qui part
Pour celui qui reste
Deux automnes

Buson


Les feuilles tombent
Sur les feuilles
La pluie tombe sur la pluie

Katô Gyôdai 


Il y a aussi les Haïkus urbains :

Au petit jour,
Le ciel vide imite
Les rues désertes

Ils braillent, la maîtresse crie -
Une classe de mioches
Dans le wagon

Le nid de poule
Rempli d'eau -
Miroir du réverbère

Nagara


Aux poignées suspendues du métro
Les zombies du mois d'avril
Accrochent leur main

Hoshinaga Fumi


Mais les haïkus sont le plus souvent contemplatifs, ils témoignent de notre amour pour les beautés du monde mais également de son inconstance :

Jardin d'hiver
Minces comme un fil, la lune
et le chant des grillons qui survivent

Basho


Sur la cloche du temple
s'est posé un papillon
qui dort tranquille

Buson

 

une grande simplicité pour une grande expressivité. Composer ces poèmes est une façon de se connecter au monde qui nous entoure, et ils ne nécessitent pas d'avoir des talents d'écrivains.
N'hésitez pas à partager vos compositions, dessins, ou bien vos haïkus préférés. 🦋

Je vous oriente vers deux sites qui développent l'histoire de cet art et offrent des conseils et méthodes pour devenir un bon haïkiste. Le deuxième lien est celui de l'illustratrice Waii Waii.




Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Multiface

Mini-aquarium

Sandwich XXL